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Hommage aux femmes d’ici!

Hommage aux femmes d’ici!

En cette Journée internationale des femmes, nous avons demandé à cinq professionnelles des arts de la table de témoigner de la situation des femmes dans leur métier et de nous confier ce que signifie le 8 mars pour elles.

Dyan Solomon

Chef propriétaire, Olive & Gourmando, Foxy, Un Po di Piu

Dyan Solomon a ouvert le resto-boulangerie Olive & Gourmando il y a 21 ans avec Éric Girard, qu’elle avait rencontré pendant son passage au Toqué!. Cette diplômée de l’université McGill en littérature anglaise et en études féminines a travaillé fort pour faire sa place. Elle considère que le meilleur moyen de changer le secteur de la restauration afin que les femmes y soient l’égale des hommes consiste à leur donner des postes de pouvoir: «Mon partenaire et moi avons passé toute notre carrière professionnelle à créer des espaces accueillants, non seulement pour les femmes, mais pour toutes les personnes d’origines, de religions ou d’orientations sexuelles différentes. Tant que vous avez du talent, une solide éthique de travail et que vous êtes respectueux avec les autres, vous pouvez travailler avec nous.»

Femme de projets – elle a ouvert il y a six mois Un Po di Piu, un bar italien irrésistible où déguster l’apéritif dans le Vieux-Montréal, – Dyan Solomon travaille et observe le monde de la restauration depuis 35 ans: «La situation des femmes s’est grandement améliorée. Certains comportements, comme de l’intimidation ou des agressions, ne sont plus tolérés. J’ai maintenant 51 ans et j’emploie beaucoup de femmes dans mes cuisines. Je constate que la jeune génération s’est inspirée de beaux exemples pour réussir.»

 

Julie B. Cateysson

Mixologue

En évoluant derrière différents bars à New York et Montréal, Julie B. Cateysson a dû faire face aux préjugés qui affligent bien souvent les femmes, en plus d’éconduire des clients désagréables: «Heureusement, il y a de moins en moins d’idées préconçues face aux femmes qui exercent mon métier, se réjouit-elle. On retrouve de plus en plus de mixologues compétentes et reconnues, de femmes dynamiques qui organisent des événements et occupent des positions de pouvoir.» Elle est également ravie que les femmes qui travaillent dans les bars n’aient plus de tolérance pour les comportements déplacés.

Celle qui a géré jusqu’à récemment la défunte buvette Ludger et le bar à vins Magdalena constate que son secteur d’activités demeure difficile pour les femmes trentenaires qui doivent concilier boulot et famille, dans un monde où l’horaire de travail s’étire jusqu’aux petites heures.

Ambitieuse, allumée, Julie B. Cateysson espère développer ses compétences de gestionnaire, enseigner et représenter des marques de spiritueux dans les prochaines années: «On retrouve beaucoup de femmes en sommellerie, mais en mixologie, le ratio hommes-femmes joue encore en notre défaveur.» Le 8 mars, la mixologue compte souligner les femmes inspirantes qui font partie de sa vie: «Je veux célébrer les femmes fortes de mon entourage, les appuyer et les remercier».

Élise Tastet

Blogueuse, entrepreneure, propriétaire de Tastet.ca 

Crédit: Alison Slattery

À 28 ans, Élise Tastet est à la tête d’un blogue de restos qui cumule plus de 500 000 vues mensuelles. Elle se définit comme féministe, «absolument!» et considère qu’il y a toujours une grande différence entre le traitement qu’on réserve aux hommes et aux femmes dans son industrie: «Le web et le secteur de la restauration demeurent des domaines masculins.»

Après ses études en communication à l’université Concordia et en commerce électronique à HEC Montréal, Élise a fait un stage en agence de pub en France. Elle a découvert qu’elle adorait le web et démarré le site Tastet avec son père à son retour au Québec. Depuis, son père a quitté l’aventure. Elle mène seule son site répertoriant les bonnes adresses gourmandes et en a fait son gagne-pain depuis 2016. Élise Tastet confie mener des combats tous les jours: «Au départ, les investisseurs ne me prenaient pas au sérieux. J’étais la fille de mon père. C’était cute. Encore aujourd’hui, on me demande parfois “où est le gars qui t’aide à gérer l’entreprise?” C’est difficile de se faire respecter en affaires. Heureusement, il y a de la solidarité, du mentorat. J’ai rencontré des femmes extraordinaires chez Femmessor et avec la bourse Montréal Inc. Le mouvement #MeToo a aussi changé les choses.»

Et le 8 mars? «Ma mère et ma grand-mère, toutes deux féministes, ont eu des combats à mener à leurs époques. La Journée internationale des femmes est l’occasion de me rappeler que je suis chanceuse de vivre à notre époque, et de réaliser tout le chemin qu’il reste à faire vers l’égalité.»

 

Catherine Monna

Co-propriétaire, liquoriste, Cassis Monna & Filles

Crédit: Virginie Gosselin – Anne Monna, à gauche, et sa soeur Catherine.

Lorsque Catherine Monna et sa sœur Anne ont décidé de rebaptiser l’entreprise liquoriste de leur père pour y ajouter la particule & filles, il y avait une certaine stratégie marketing pour attirer l’attention, mais aussi un désir d’affirmer haut et fort que c’était bien les deux filles de Bernard Monna qui prenaient la relève: «Des femmes qui gèrent une entreprise en agrotourisme, cela surprend encore», commente Catherine Monna.

Dans la dernière décennie, Cassis Monna & Filles a connu une véritable expansion. La petite entreprise saisonnière de l’Île d’Orléans emploie désormais 40 personnes pendant la belle saison. Les deux propriétaires ont acheté de nouvelles terres agricoles et planifient actuellement l’expansion de leur entreprise. À la douzaine de produits existants, les sœurs Monna veulent ajouter des spiritueux, dont une eau-de-vie et un gin de cassis. «Les spiritueux, c’est encore un monde masculin, mais nous sommes bien enthousiastes à l’idée de lancer nos nouveaux produits.»

La Journée internationale des femmes représente pour Catherine Monna un moment de solidarité: «Le 8 mars est une date importante. Enfant, ma mère nous amenait dans les manifestations. Il faut continuer à aider les femmes afin que tous les métiers soient paritaires. Et que les filles aient la conviction de pouvoir tout entreprendre.»

 

Michelle Bouffard

Sommelière

Crédit: Jorge Camarotti

Après un début de carrière comme trompettiste, Michelle Bouffard a bifurqué vers l’univers du vin et de la gastronomie alors qu’elle travaillait dans un restaurant de Vancouver. Elle est restée 20 ans en Colombie-Britannique, où elle a étudié la sommellerie, puis démarré sa propre entreprise de gestion de celliers privés, avant de revenir au Québec il y a quelques années. Au moment où nous l’avons rejoint pour cette entrevue, elle s’apprêtait à suivre une formation de perfectionnement en Europe. Elle espérait décrocher le prestigieux titre de Master of Wine. «Au dernier concours de sommellerie international, 4 femmes faisaient partie du top 5, s’exclame la sommelière qui est aussi chroniqueuse dans différents médias. C’est excitant de faire partie d’un milieu hyper compétitif comme celui du vin et de constater tous les succès remportés par les femmes.»

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