Rencontres
Michel Phaneuf : le goût du beau

Michel Phaneuf : le goût du beau

S’il est des rencontres marquantes, celle avec Michel Phaneuf en est certainement une pour moi. Dans le cadre de la vente d’une partie de sa cave à la SAQ, l’équipe a décidé d’immortaliser l’homme et ses passions devant la caméra. Moment privilégié, arrêt dans le temps avec cette légende du vin. On connaît la rigueur et l’expertise de l’instigateur du premier guide du vin au Québec, mais peut-être ne saviez-vous pas qu’il préfère les vins de Bordeaux à ceux de Bourgogne et qu’il a un grand intérêt pour la photo et l’aviation? Entrevue avec une légende, par l’apprentie très groupie que je suis.

Une curiosité naissante

Petit retour en arrière. Comme il l’explique dans la vidéo que vous pouvez visionner ici, c’est un Pisse-Dru « bien banal » qui a piqué la curiosité du célèbre critique dans les années 70. La curiosité de comprendre d’où vient ce bon goût a été à l’origine d’une envie de pousser plus loin ses connaissances dans le vin.

Pendant l’entrevue, il me raconte qu’il a aimé le vin parce qu’il rejoignait son amour de la géographie et des cartes, mais aussi pour les rencontres que le vin permet. En 1978, il a fondé « Les amitiés bachiques », un club de dégustation qui a rapidement pris de l’ampleur. Trois ans plus tard, il publie son Guide du vin, une première au Québec. Un Guide qui, au fil du temps, a remporté les honneurs.

Je remarque un meuble sur lequel les trophées accumulés au fil des années sont disposés. Un trophée de forme triangulaire ressort du lot. Devant mon regard interrogateur, Michel Phaneuf m’explique qu’il s’agit du prix du Meilleur guide du vin au monde, reçu en 2010, lors des Gourmand Cookbook Awards! Je l’avoue, je ne savais pas que le Guide du vin s’était rendu si loin sur la scène internationale! Au cours de notre discussion, on parle également de Nadia Fournier, celle qui, en 2011, a repris le flambeau du Guide du vin qui célèbre ses 35 ans cette année. Il a aussi reçu le Prix hommage de La Grande Dégustation de Montréal de 2017, pour souligner sa contribution exceptionnelle à faire connaître et à démocratiser l’univers vinicole au Québec. Cette distinction lui a été décerné par un comité constitué de six personnalités de l’industrie vinicole, sous la présidence de Daniel Richard, président d’Univins et Spiritueux.

 

Une étape importante

Moment fort touchant de l’entrevue, M. Phaneuf nous explique que la vente d’une partie de sa cave à la SAQ fut comme un rite de passage qui marquait la fin d’une période importante de sa vie. Il a décidé de remettre tous les profits de cette vente à un projet de recherche sur la maladie de Parkinson mené par l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

« J’ai décidé de vendre ma cave au profit de la recherche scientifique parce que je me suis dit que dans la vie, il est important de se rendre utile… comme le Guide du vin a été utile. J’ai donc trouvé une autre façon de me rendre utile en donnant à un fonds de recherche pour trouver des solutions à la maladie qui me frappe personnellement, mais qui frappe aussi 100 000 Canadiens. »

 

La confidence d’une vie

Sur les 1 500 vins qui ont fait partie de la vente Prestige et Patrimoine, certaines bouteilles datent des années 70 et 80. Ces vins ont été conservés de façon impeccable. Il en parle avec affection comme si chaque bouteille était un joyau précieux. Dans le lot, on retrouvera une quantité importante de vins de Bordeaux.

« Bordeaux est une région que j’ai connue très tôt dans ma carrière et à laquelle j’ai adhéré. J’ai aimé l’ordre bordelais, la classification des crus de Bordeaux, les châteaux et les vins […] On pourra trouver beaucoup de vins de Bordeaux dans ce que j’ai vendu à la SAQ parce qu’effectivement, ma cave en était remplie. »

Avec un peu d’hésitation, il poursuit.

« Je vous fais la confidence de ma vie. Les gens m’ont parfois reproché de n’aimer que les vins de Bordeaux. Ce n’est pas vrai, je n’ai pas aimé que le bordeaux, mais j’ai beaucoup aimé le bordeaux. C’est toujours le grand débat chez les amateurs de vin entre les régions Bordeaux et Bourgogne. Moi j’ai penché pour cette région, car je l’ai connue très tôt dans ma carrière. C’est le fondement même du vin moderne. Tout ce qui a été fait dans le Nouveau Monde a été inspiré par Bordeaux. Pour moi, ça demeure l’univers de référence. »

 

Le magicien de la lumière

Tout au long de l’entrevue, je suis obsédée par une photographie grand format qui trône au-dessus de la causeuse du salon. Une femme baigne dans la lumière d’un jour nuageux. Luminosité parfaite, ambiance solennelle, cadrage impeccable, tout y est. Il s’agit de la femme de Michel Phaneuf, celle qui a, selon lui, joué un rôle primordial de soutien dans cette aventure du vin. Et c’est lui-même qui a immortalisé ce moment précieux. «J’ai été captivé dès le jeune âge par ces clichés des photographes du début du XXe siècle comme Cartier-Bresson. Je trouve que la photo est une façon extraordinaire de voir le monde. »

En voyant ses œuvres photographiques, on ne peut qu’être d’accord avec lui! Partout, dans son salon, sa cuisine, sa salle à manger, de magnifiques photos racontent le monde et la vie de Michel Phaneuf. Plusieurs d’entre elles portent un titre évocateur : Après la pluie au Pays basque, Les amoureux du Louvre, Les cinq grâces, Vive la vie! (sa préférée)En regardant les photos qu’il a prises au cours de sa vie, tant chez lui que dans les livres qu’il a publiés, on découvre à la fois sa passion et son talent, sa maîtrise exceptionnelle de la lumière. Un grand photographe!

 

À hauteur d’oiseau

« L’aviation est une façon intéressante d’explorer la géographie d’une région », m’explique Michel Phaneuf. Il se souvient d’un vol mémorable au-dessus des grands domaines de Bordeaux : « Survoler des vignes de domaines aussi mythiques lors d’une belle soirée d’été, c’est très spécial! […] L’équilibre du vin est une notion très importante. C’est la même chose en aviation. Il faut que la trainée égale la poussée, il faut que l’avion reste en vol, il faut atterrir à la bonne vitesse. » Longtemps propriétaire d’un Cessna qu’il a vendu il y a quelques années, il a eu le bonheur de s’adonner à cette passion plus d’une fois.

 

Le maître et l’apprentie

À la fin de l’entrevue, j’ose une question personnelle : que diriez-vous à une apprentie qui se lance dans le monde du vin? « Je dirais qu’il vous faudra consacrer beaucoup de temps et de rigueur dans votre étude du vin surtout avec tous ces vins du Nouveau Monde à étudier de nos jours. Il faut faire des sacrifices, mais le jeu en vaut la chandelle! »

C’est promis, M. Phaneuf, je m’attellerai à la tâche, avec, comme vous, l’Atlas des vins de Jancis Robinson et Hugh Jonhson, un verre de vin de Bordeaux et ma passion. Merci pour ce bel échange et pour les selfies beaucoup trop nombreux. Après tout, il s’agit de photographie moderne! 😉

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